“Complainte pour Mata Hari”

Quelle manie ont les Français

De fusiller les gens à l’aube.

J’aurais mieux aimé aller

À Vincennes dans l’après-midi

Après un bon déjeuner !

 Dans les fossés de Vincennes

Quand fleurissait la verveine

Au petit jour, les yeux bandés,

Au poteau l’espionne est placée

Et celle qu’on va fusiller

C’est elle ! C’est sa bien-aimée ! 

 

Fermant les yeux pour ne pas voir

II cria «Feu !». C’était son devoir !

Dans les fossés de Vincennes

Le soleil se lève à peine

Sur les murs du fort

A passé la mort.

Et l’espionne a subi sa peine !

Et lui, brisé par l’effort,

Le cœur pris de folie soudaine

Éclate d’un grand rire alors

Dans les fossés de Vincennes.

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Loubier, Jean-Marc: Mata Hari, la sacrifiée. Paris, Acropole, 2000, p. 166.